OBSERVER SANS SE JUGER

ET SI NOUS ARRÊTIONS DE NOUS FAIRE LA GUERRE ?

Hier, je vous posais une question : comment la conscience peut-elle transmettre une nouvelle information à l’inconscient alors que celui-ci porte parfois des habitudes, des réflexes et des façons de fonctionner installés depuis des décennies ?

La réponse ne tient évidemment pas en une phrase. Mais avant d’aller plus loin, je crois qu’il existe une étape fondamentale : apprendre à observer ce qui se passe en nous sans immédiatement le juger.

Cela paraît simple. Ça ne l’est pas toujours.

Nous avons souvent développé une étrange manière de fonctionner avec nous-mêmes. Tant que nous ne voyons pas un mécanisme, nous le répétons sans vraiment nous en rendre compte. Puis, le jour où nous commençons enfin à le voir, nous nous reprochons de l’avoir.

« Je devrais avoir compris depuis longtemps. »
« Je ne devrais plus réagir comme ça. »
« Avec tout le travail que j’ai fait sur moi, comment est-ce encore possible ? »

C’est assez paradoxal quand on y pense. La conscience apparaît enfin… et nous nous en servons immédiatement pour nous condamner.

Je ne crois pas que la conscience soit faite pour devenir un nouveau tribunal intérieur.

Son rôle est d’éclairer.

Une colère monte. Avant de décider qu’elle est mauvaise, je peux peut-être me demander ce qu’elle m’indique. Quelque chose vient-il d’être touché ? Une limite ? Une peur ? Une attente ? Un sentiment d’injustice ? Une tristesse apparaît. Au lieu de chercher immédiatement à la faire disparaître, je peux regarder ce qu’elle m’apprend sur ce que je suis en train de vivre. Une vieille réaction revient alors que je pensais l’avoir comprise depuis longtemps. Très bien. Cela m’informe simplement que quelque chose continue à se déclencher.

L’émotion n’est donc pas nécessairement le problème.

Elle peut être le messager.

Pour moi, colère, peur, tristesse, frustration, joie, attirance, rejet ou malaise font partie d’un système d’information. Elles nous indiquent qu’il se passe quelque chose. Ensuite seulement vient la question : qu’est-ce que je fais de cette information ?

Et c’est ici qu’une distinction devient importante. Observer sans juger ne veut pas dire tout accepter passivement. Cela ne veut pas dire excuser chacun de nos comportements ni déclarer : « C’est comme ça, je suis ainsi. » Cela signifie simplement ne pas confondre observation et condamnation.

Je peux reconnaître que j’ai blessé quelqu’un sans me réduire à : « Je suis quelqu’un de mauvais. »
Je peux voir qu’une peur dirige encore certaines de mes réactions sans devenir cette peur.
Je peux constater qu’un vieux comportement revient sans décider que je suis incapable de changer.

Je regarde ce qui se passe.

Et déjà, quelque chose a changé.

Parce que tant que je suis entièrement pris dans une réaction, je ne vois qu’à travers elle. Mais dès que je peux l’observer, même quelques secondes, une petite distance apparaît. Je ne suis plus uniquement la réaction. Je deviens également celui qui la voit.

Et cet espace est précieux.

Il nous permet de recueillir une information au lieu de simplement la subir.

Prenons un exemple très simple. Quelqu’un me fait une remarque et je sens immédiatement une irritation monter. Mon premier réflexe pourrait être de répondre sèchement. Mais si je vois cette irritation, je peux m’arrêter une seconde : « Pourquoi cela vient-il de me toucher autant ? » Peut-être que la remarque est injuste. Peut-être qu’elle touche une insécurité. Peut-être qu’elle réveille une vieille histoire. Peut-être aussi que la personne vient simplement de mettre le doigt sur quelque chose que je n’avais pas envie de voir.

Je ne sais pas encore.

Mais je regarde.

Et tant que je regarde réellement, je ne suis déjà plus exactement dans le même fonctionnement automatique.

C’est là que la conscience commence à devenir autre chose qu’une idée.

Elle devient une présence.

Elle ne dit plus seulement : « Je sais pourquoi je suis comme ça. »

Elle dit : « Je vois ce qui est en train de se passer maintenant. »

Et c’est beaucoup plus puissant.

Car nous pouvons connaître intellectuellement l’origine d’une réaction pendant vingt ans et continuer à la répéter. En revanche, lorsque nous commençons à l’observer au moment où elle se produit, quelque chose de nouveau entre dans le système.

Une autre information.

Une autre possibilité.

Peut-être même, progressivement, une autre manière de répondre.

Mais il y a encore une chose essentielle : si chaque fois que nous observons une vieille réaction nous nous attaquons intérieurement, nous envoyons également une information à notre inconscient.

Nous lui disons en quelque sorte : « Lorsque ceci apparaît, tu es en danger. Tu vas être jugé. Tu vas être rejeté. Tu dois te défendre. »

Et peut-être renforçons-nous précisément ce que nous voudrions transformer.

Voilà pourquoi je parle d’observer sans se juger.

Non pas par complaisance.

Mais parce qu’il me semble difficile de transformer profondément quelque chose en nous tout en restant constamment en guerre contre cette partie de nous.

Alors peut-être que la première manière de parler autrement à l’inconscient est simplement celle-ci : regarder ce qui apparaît sans fuir, sans embellir, sans se raconter d’histoire, mais sans se condamner non plus.

Voir clairement.

Recevoir l’information.

Comprendre ce qu’elle vient montrer.

Et seulement ensuite choisir ce que nous voulons en faire.

Aujourd’hui, je vous propose une expérience très simple. La prochaine fois qu’une émotion forte ou une vieille réaction apparaît, ne cherchez pas immédiatement à la supprimer. Posez-vous plutôt trois questions : « Qu’est-ce qui vient de se passer ? Qu’est-ce que je ressens réellement ? Et qu’est-ce que cela est en train de m’apprendre ? »

Pas besoin de trouver immédiatement une grande réponse.

Observez.

Parce que peut-être que l’inconscient n’a pas besoin que nous lui fassions la guerre.

Peut-être qu’il a besoin de recevoir une autre information.

Et justement… comment lui transmettre cette nouvelle information suffisamment profondément pour qu’une vieille habitude commence réellement à perdre de sa force ?

C’est là que nous allons aller maintenant.

Giulio Fioravanti
Veilleur

 

POUR NE PAS PERDRE LE FIL…

Si ce que vous venez de lire a éveillé une question, déplacé quelque chose en vous ou simplement donné envie d’aller plus loin, je vous invite à me laisser votre courriel.

Je ne vous écrirai pas pour remplir votre boîte de réception. Je vous écrirai lorsque j’aurai quelque chose à partager : la suite de ce chemin, une réflexion, un nouveau texte, parfois une question qui mérite peut-être que l’on s’y arrête ensemble.

Parce que certaines réflexions ne se terminent pas au bas d’une page. Elles continuent à travailler en nous.

Si vous souhaitez poursuivre le chemin avec moi, laissez simplement votre courriel ici.

Giulio Fioravanti
Veilleur